SOLIDAIRES FINANCES PUBLIQUES

Un an après la FSR exceptionnelle consacrée au risque suicidaire, l’administration est revenue devant les représentants du personnel avec un « 1er bilan » de son plan de prévention. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le décalage entre le discours et la réalité des services reste immense. Oui, l’administration affirme désormais que sa responsabilité dans les risques psychosociaux est « pleine et entière ». Enfin !

Il aura fallu des années d’alertes des représentants du personnel, des expertises, des rapports, des drames humains et des mobilisations syndicales pour que notre employeur reconnaisse enfin une évidence : les risques psychosociaux ne relèvent pas de la fragilité individuelle des agents, mais bien des organisations du travail qu’il met lui-même en place.

Mais une reconnaissance n’a jamais sauvé personne. Ce sont les décisions qui comptent. Et de ce point de vue, le compte n’y est toujours pas.

5 suicides, 20 tentatives en 2026 : derrière les chiffres, des collègues

L’administration a ouvert la séance en annonçant cinq suicides et dix-neuf tentatives de suicide (chiffre passé à 20 depuis). Comme toujours, elle a rappelé que « chacun de ces actes est grave ». Nous partageons évidemment cette affirmation.

Mais ce que nous refusons, c’est que ces drames deviennent un indicateur parmi d’autres dans un tableau de bord. Derrière chaque suicide, derrière chaque tentative, il y a un collègue qui n’a plus trouvé d’autre issue. Il y a une famille. Des proches. Des collègues. Un collectif de travail durablement marqué.

Et surtout, il y a des organisations du travail qui doivent être interrogées. Car les suicides au travail ne sont jamais des fatalités. Ils interrogent directement les responsabilités de l’employeur.

Le plan de prévention : beaucoup de cases cochées… mais qu’est-ce qui change dans les services ?

L’administration explique que près des trois quarts des actions prévues dans le plan seraient désormais réalisées ou engagées. 600 agents ont été formés aux Premiers secours en santé mentale. Des enquêtes seraient proposées après chaque événement grave. Des échanges auraient lieu avec les collectifs de travail. Dont acte.

Mais pendant ce temps :

  • les charges de travail continuent d’exploser ;
  • les vacances de postes s’accumulent ;
  • les restructurations se poursuivent, avec un NRP2 qui ne dit pas son nom ;
  • les réorganisations se succèdent ;
  • les collectifs de travail continuent de se déliter.

Former des agents à détecter la souffrance est un sparadrap, et renvoie chacune et chacun à des responsabilités individuelles, alors que la question est collective. Éviter de produire cette souffrance serait encore mieux.
Voilà toute la différence entre prévention primaire et gestion des conséquences.

Quand l’administration reconnaît les effets… mais refuse toujours d’agir sur les causes

L’administration reconnaît désormais, mais au regard des chiffres de l’observatoire interne, elle n’a pas d’autres choix :

  • une fatigue en hausse ;
  • une charge de travail excessive ;
  • des collectifs fragilisés ;
  • des situations toujours complexes.

Mais dans le même temps, elle poursuit exactement les politiques qui produisent ces effets. On continue de supprimer des emplois. On continue de demander toujours plus aux mêmes collègues.
On continue d’expliquer que les managers doivent faire mieux… sans leur donner les moyens de faire fonctionner leurs services.
À force de demander toujours plus avec toujours moins, l’administration organise elle-même la dégradation des conditions de travail.

Managers toxiques : jusqu’à quand ?

Solidaires Finances Publiques a de nouveau dénoncé les situations de management toxique. Les alertes existent. Les signalements existent. Les témoignages existent. Les conséquences sur les agents sont connues. Et pourtant…

Les décisions arrivent souvent beaucoup trop tard, quand elles arrivent ce qui est bien trop rare. Pendant ce temps, les victimes continuent de travailler sous l’autorité des personnes qu’elles mettent en cause. Cette inertie est incompréhensible.

Lorsqu’un manager détruit un collectif de travail et que l’administration laisse faire, elle porte une responsabilité directe dans la dégradation des conditions de travail. Il ne suffit plus de proclamer une politique de « tolérance zéro ». Encore faut-il avoir le courage de l’appliquer.

Fiche de Signalements « internes » : +38 %, un chiffre qui doit alerter

L’administration a annoncé une hausse de 38 % des signalements en interne. Pour Solidaires Finances Publiques, ce chiffre est tout sauf anodin : il traduit une dégradation persistante des conditions de travail et la multiplication des situations de souffrance, de violences et de dysfonctionnements dans les services.

Face à cette réalité, les réponses restent trop souvent tardives, quand elles existent. Trop de collègues qui ont le courage de signaler des faits ont le sentiment d’être davantage questionnés que protégés -quand ils ne se sentent pas mis sur la sellette pour protéger l’agent incriminé - tandis que les auteurs de comportements inacceptables restent en poste.

L’urgence n’est pas seulement de traiter les signalements plus rapidement, mais de s’attaquer enfin aux causes qui les provoquent : surcharge de travail, organisations dégradées et pratiques managériales toxiques.

Les enquêtes : oui… à condition qu’elles existent réellement 

L’administration rappelle qu’une enquête de la FS est désormais proposée après chaque événement grave. Mais plusieurs enquêtes n’ont pas été réalisées faute de financement. Comment accepter que des questions budgétaires empêchent d’analyser les circonstances d’un suicide ou d’une tentative de suicide ?

Les moyens consacrés à la prévention ne devraient jamais être une variable d’ajustement budgétaire. L’administration a indiqué que les enquêtes peuvent être financées sur la DGF.

Canicule : l’égalité de traitement fond comme neige au soleil

L’administration continue de défendre « l’adaptation locale » et l’autonomie des directions. Cela signifie surtout que les droits des agents varient selon leur direction.

Solidaires Finances Publiques a dénoncé de nombreuses dérives :

  • suppression pure et simple des ASA garde d’enfants, alors que la note de la DG le permettait ;
  • limitation arbitraire à une journée alors que les écoles restaient fermées ;
  • demandes de récupération des heures non faites ;
  • refus du télétravail malgré les températures extrêmes.

Autrement dit, chacun applique les consignes comme il l’entend. Ce n’est plus acceptable. Les épisodes climatiques extrêmes ne sont plus exceptionnels. Ils vont malheuresuement devenir habituels lors des étés futurs. Il est temps que la DGFiP cesse de fonctionner en mode improvisation.

Nouvelle allocation des emplois : quand les mots remplacent les postes

L’administration refuse désormais le terme de « suppression ». Elle parle de « nouvelle allocation des emplois ».

Les collègues, eux, voient surtout :

  • des équipes qui rétrécissent ;
  • des vacances de postes ;
  • des missions supplémentaires ;
  • des mobilités imposées ;
  • une charge de travail qui augmente encore.

Changer le vocabulaire ne change pas la réalité. D’autant que des restructurations d’ampleur sont annoncées sur la période 2027-2030. Encore !

Les agents ne travaillent pas avec des éléments de langage. Ils travaillent avec des effectifs. Et ces effectifs manquent partout.

Pour Solidaires, il est temps de changer de politique

Cette FSR confirme ce que nous dénonçons depuis des années. Les risques psychosociaux ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat de choix politiques et budgétaires. Tant que l’administration poursuivra la réduction des effectifs, les restructurations permanentes et la dégradation des organisations du travail, aucun plan de prévention ne suffira.

Former les agents. Créer des fiches. Produire des indicateurs. Communiquer. Tout cela ne remplacera jamais des services correctement dimensionnés, des collectifs de travail stables et des managers disposant réellement des moyens d’exercer leurs missions.

Les risques psychosociaux ne sont pas une fatalité. Ils sont la conséquence de choix organisationnels et budgétaires assumés par l’administration. Les collègues ne s’épuisent pas dans des tableaux de bord ou des plans d’action, mais dans des services exsangues, des effectifs insuffisants, des restructurations permanentes et des pratiques managériales parfois délétères. Tant que ces choix ne seront pas remis en cause, les plans de prévention ne resteront que des cautères sur une plaie que l’administration continue elle-même d’entretenir. La véritable prévention commence par un changement de politique.

Solidaires Finances Publiques a à nouveau exigé :

  • l’arrêt immédiat des suppressions d’emplois et des restructurations ;
  • des recrutements à la hauteur des besoins des services ;
  • des enquêtes systématiques, indépendantes et financées après chaque événement grave ;
  • des sanctions effectives contre les pratiques managériales toxiques ;
  • la protection réelle des agents qui signalent des violences ou des dysfonctionnements ;
  • des mesures nationales opposables pour protéger les personnels lors des épisodes climatiques extrêmes ;
  • une politique de prévention qui s’attaque enfin aux causes de la souffrance au travail plutôt qu’à ses seules conséquences.