SOLIDAIRES FINANCES PUBLIQUES

Lors de la FSR du 3 juillet, la Direction générale présente un premier bilan de son plan d’action censé améliorer les conditions de travail et prévenir les actes suicidaires. Le bilan est accablant : depuis le début de l’année 2026, 19 tentatives de suicide et 5 suicides ont été recensés. Ces chiffres dramatiques démontrent l’échec d’un plan que l’ensemble des représentantes et représentants des personnels avaient rejeté lors de sa présentation en octobre 2025.

Nous l’avions dit : sans remise en cause profonde de l’organisation du travail, de la charge de travail, des objectifs et des méthodes managériales, ce plan ne serait qu’un affichage sans effet réel sur la santé et la sécurité des agentes et des agents. Les faits nous donnent malheureusement raison.

Face à cette situation inacceptable, trois organisations syndicales représentatives ont décidé de porter une déclaration commune afin de dénoncer la dégradation continue des conditions de travail à la DGFiP et d’exiger des mesures concrètes, à la hauteur de l’urgence.

 

 

Madame la Présidente,

Nous nous retrouvons aujourd’hui en Formation spécialisée alors que la DGFiP continue de compter ses morts. Cinq suicides. Dix-neuf tentatives de suicide identifiées. Cinq décès survenus dans un contexte de canicule. Derrière ces chiffres, il y a des collègues, des familles, des vies brisées, des collectifs de travail profondément marqués par ces drames.

La canicule n’est pas un simple aléa climatique : elle expose les agents à des risques majeurs pour leur santé, accentue la fatigue, dégrade les conditions de travail et augmente les situations de danger, en particulier lorsque les organisations ne sont pas adaptées et que les directions locales que vous avez voulues autonomes ne respectent pas, pour certaines, vos consignes.


Nous rappelons que le télétravail exceptionnel n’est qu’un outil de prévention parmi d’autres, et qu’il est donc indispensable que vous prévoyiez, dans le cadre d’un plan de prévention des fortes chaleurs :

  • La levée temporaire des plages fixes en période de canicule afin de permettre aux agents de moduler leurs horaires en fonction des périodes de chaleur, sans récupération des heures
  • L’attribution d’autorisations spéciales d’absence et la fermeture des établissements non climatisés lorsque la température intérieure dépasse les 30 °C
  • La mise en place d’un plan national de prévention des fortes chaleurs incluant un suivi renforcé des sites les plus exposés, des personnes particulièrement vulnérables et des temps de trajet. Ce plan doit donner aux directions locales les moyens de leur responsabilité de santé et de sécurité
  • La mise en place d’un plan de long terme d’isolation, de rénovation et de végétalisation des bâtiments de la DGFiP

Ces drames ne peuvent pas être réduits aux seules circonstances. Ils interrogent également une organisation du travail qui épuise les agents, désorganise les services, accroît les charges de travail et laisse trop souvent les collectifs faire face, seuls, à des contraintes devenues insoutenables.

Vous ne pouvez plus prétendre ignorer les conséquences de ces choix organisationnels. Ils ont un coût humain. Et ce coût, ce sont les agents qui le paient, souvent de leur santé, parfois de leur vie.Et comment ne pas vous alerter pour la nième fois sur les suppressions d’emplois, les restructurations permanentes, l’explosion des charges de travail, la perte de sens des missions, les méthodes de management délétères, la destruction progressive des collectifs de travail et les risques psychosociaux. Depuis des années, vous écoutez, au mieux poliment… sans jamais changer de cap.
Le travail, est devenu pour trop d’agents une source de souffrance, d’épuisement et parfois de désespoir.

Les suicides ne sont malheureusement que la partie visible de cette catastrophe sociale. Combien d’agents en burn-out ? Combien en dépression ? Combien voient leur santé détruite sans jamais apparaître dans vos tableaux de bord ? Combien de maladies professionnelles refusées ou invisibilisées ? Voilà les véritables indicateurs de votre politique.

Et face à cette situation dramatique, que propose la DGFiP ? Un énième plan d’actions se limitant à un catalogue de bonnes intentions. Un document de communication de plus. Un cautère sur une jambe de bois. Nous vous rappelons d’ailleurs que l’ensemble des représentants des personnels l’a rejeté. Ce vote n’était pas un geste d’opposition de principe : il traduisait l’évidence que l’on ne soigne pas une hémorragie avec quelques rustines ou sparadraps.

Comme si cela ne suffisait pas, nous avons eu par les documents du CSAR l’information d’une nouvelle attaque contre le réseau territorial et nos missions. Une réforme supplémentaire imposée à une administration déjà exsangue. À un réseau de pleine compétence déjà profondément fracturé et resserré. À des agents déjà épuisés.
À force d’allumer des incendies organisationnels, vous venez ensuite expliquer que vous cherchez des solutions pour améliorer les conditions de travail. Cette contradiction est devenue insupportable. Vous êtes les pyromanes de votre propre administration et les pompiers impuissants de votre propre politique.
À quel moment, en tant que Directrice générale, défendrez-vous enfin la DGFiP et ses agents au lieu d’être la promotrice zélée des politiques gouvernementales de casse de notre service public fiscal, comptable et foncier.

À quel moment direz-vous que cela suffit ?
À quel moment refuserez-vous de sacrifier encore des collègues, des emplois, des missions, des services au nom d’une austérité budgétaire devenue une idéologie ?

Vous œuvrez méthodiquement à la déstructuration et à la fragilisation de notre administration. Service après service. Mission après mission. Implantation après implantation.
Et les conséquences dépassent largement la seule DGFiP. lorsque l’État abandonne les territoires, lorsqu’il ferme les services publics, lorsqu’il éloigne les administrations des citoyens, il nourrit la défiance démocratique et les votes de frustration. Ce constat est désormais largement documenté. Pourtant, vous poursuivez inlassablement la même politique, comme si les faits n’avaient plus aucune importance. Å à peine un an d’élections nationales essentielles, vous jouez avec le feu.

L’observatoire interne 2026 illustre parfaitement ce déni. Les sentiments dominants à la DGFiP demeurent la fatigue et le désenchantement.
Voilà votre véritable bilan.
Pendant que vous parlez de modernisation, les agents parlent d’épuisement.
Pendant que vous célébrez la transformation, les personnels subissent les suppressions d’emplois.
Pendant que vous vantez l’accompagnement du changement, les collectifs de travail explosent.
Pendant que vous diffusez des éléments de langage, les agents encaissent les conséquences délétères de vos décisions.
Ce n’est pas une fatalité. Ce sont des choix politiques et administratifs.

Les 550 suppressions d’emplois supplémentaires en 2026 ne sont pas tombées du ciel, sans compter les 2900 emplois vacants disparus comme par magie avec votre nouvelle méthode d’allocation des emplois. Les représentants des personnels sont aujourd’hui profondément en colère.
Nous sommes en colère parce que nous répétons les mêmes alertes depuis des années sans être entendus.
Nous sommes en colère parce que les drames continuent pendant que l’administration poursuit exactement la même politique.
Nous sommes en colère parce que les collègues méritent mieux qu’une succession de plans de communication et de réformes imposées.
Les suicides et les tentatives de suicide ne sont pas des accidents isolés. Ils constituent le signal le plus dramatique d’une souffrance au travail devenue structurelle. Il est temps de cesser de gérer les conséquences. Il est temps de s’attaquer aux causes.
Chaque suppression d’emploi, chaque restructuration imposée, chaque fermeture de service, chaque situation de management toxique engage désormais votre responsabilité.
L’heure n’est plus aux discours. L’heure est aux actes, pour la DGFiP, pour le service public, ses agents et la population.