Nous venons d’assister, en direct, à la première tentative au 21ème siècle, de coup de force fasciste dans un pays occidental industrialisé.

Ce n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein.

Les 4 ans de la présidence de Trump et sa campagne électorale pouvaient aboutir à cette situation d’autant plus que ses actes étaient très souvent en adéquation avec ses discours, pas seulement donc des élucubrations d’un oligarque fou, comme beaucoup le pensaient.

Le 6 Février 1934 en France, les bandes fascistes avaient tenté, en vain, d’envahir l’Assemblée Nationale. A Washington, les Trumpistes en entrant dans le Capitole et en semant la panique dans le Congrès pendant quelques heures, ont remporté un indéniable succès politique. Cela pourrait constituer un acte fondateur d’un mouvement fasciste de masse aux Etats Unis.

Bien sûr ce coup de force n’a pas pu se transformer en coup d’Etat réussi, pour plusieurs raisons :

L’Etat Major militaire n’a pas emboîté le pas, suivant en cela les avertissements publics donnés par les 10 anciens chefs du Pentagone. Néanmoins du côté de la Police il est clair que la gangrène est profonde comme la faible résistance d’une partie de la Garde du Capitole l’a montré.

L’Etat Major du Parti Républicain et le vice-président ont reculé, conscients de l’éclatement immédiat que cela provoquerait dans leurs rangs, et entraînerait la fin du bipartisme.

Même si Trump a bénéficié du soutien d’importantes firmes notamment dans le Pétrole, les Mines etc.., la majorité des milieux capitalistes dirigeants (haute technologie, banques…) et leurs représentant-e-s politiques étaient opposés à une telle aventure.

Mais le danger, que peut signifier pour le système ultralibéral étatsunien, l’amplification de la polarisation sociale, pourrait bousculer à l’avenir les choix « rationnels » d’une partie des classes dirigeantes.

Cette polarisation s’est exprimée pendant les « années Trump » à travers le développement du mouvement « Black Lives Matters », des mouvements sociaux et antifascistes, de concert avec le renforcement de la gauche du Parti Démocrate qui se réclame du socialisme.

Dans la phase actuelle, la stratégie de l’extrême-droite, aux Etats-Unis ou ailleurs, est d’instrumentaliser les moyens qu’offre le système démocratique de chaque pays en s’appuyant sur la diffusion de mensonges via les réseaux sociaux. Cette pratique politique s’articule avec un soutien complaisant et actif des sectes d’extrême-droite comme Qanon, des intégristes religieux, des groupes paramilitaires suprémacistes blancs et aussi de groupes ouvertement néo-nazis.

Dans de nombreux pays, l’extrême-droite gagne du terrain en appliquant, avec des nuances, ces mêmes recettes.

Cela s’est concrétisé, au Brésil, par l’élection de Bolsonaro et aussi l’arrivée au pouvoir, entre autres, de Viktor Orban en Hongrie, de Roberto Duterte aux Philippines, de Tayipp Erdogan en Turquie.

Avant leur élection, les déclarations des futurs présidents du Brésil, de l’Inde, des Philippines, paraissaient tout autant « perchées » et ridicules que celles des manifestants pro Trump de Washington. Ces ignominies proférées pendant leurs campagnes électorales ne les ont pas empêchés de parvenir au pouvoir par la voie légale, sans coup d’état, pire, c’est cette démagogie décomplexée qui les y a portés en dévoyant une partie du vote ouvrier et populaire.

Par ailleurs, aux Etats-Unis, le bipartisme, couplé avec le système des « grands électeurs » est un système électoral qui restreint et « verrouille » le suffrage universel, en empêchant la représentation de partis de gauche.

C’est ce système, inéquitable, qui avait permis l’élection de Donald Trump en 2016 avec 3 millions de voix de moins qu’Hillary Clinton.

Malgré cela, une grande partie des classes populaires, les minorités discriminées se sont servies de cette constitution, de cette loi électorale inique, contre Trump en votant Biden dans une démarche d’autodéfense face à un président « fascistoïde », soutien des suprémacistes blancs et de la secte Qanon.

Ils ont utilisé le suffrage universel dans sa forme états-unienne, qui représente, malgré son caractère limité et « biaisé », une liberté démocratique, dont dispose le « camp des dominé.e.s» et les minorités discriminées pour se défendre et faire cesser les injustices et les agressions qu’ils subissaient de la part de Trump.

Cela invalide aussi la thèse selon laquelle l’élection de Biden ou de Trump avait les mêmes conséquences, que ce serait « bonnet blanc » ou « blanc bonnet », que cela ne changeait rien.

L’assaut des Trumpistes ce 6 janvier 2021 au Capitole, doit être considérée comme un précédent extrêmement grave.

L’analyser comme l’expression de la personnalité « psychopathique » de Trump serait une grave erreur politique. Le Parti Républicain est à la croisée des chemins : soit il se résigne de nouveau à se ranger derrière Trump afin de bénéficier de son potentiel électoral dans les prochains scrutins, soit on assistera à l’émergence, importante, d’un mouvement de type « Trumpiste » avec ou sans Trump, fer de lance d'une idéologie, complotiste, raciste, antisémite d’extrême-droite, en dehors du « grand vieux parti ». Quoi qu’il en soit, des fractures importantes vont apparaître.

N’oublions pas les leçons de l’histoire.

Dans les années 20, Hitler était, lui aussi, considéré comme un « illuminé », un « obsessionnel antisémite » sans avenir par les dirigeant.e.s des autres partis politiques et l’intelligentsia allemande.

En 1922, en Italie, la même sous-estimation du danger fasciste a été fatale au mouvement ouvrier quand Mussolini, doté d’une pathologie de mégalomane patenté, a pris le pouvoir après la marche sur Rome.

Quand une révolte populaire légitime contre l’injustice, la discrimination sociale, la pauvreté et la marginalisation économique est détournée et instrumentalisée par les fascistes, il est déjà bien tard pour espérer lui donner un débouché progressiste, humaniste et démocratique.

C’est la raison pour laquelle il faut dénoncer et combattre sans relâche la contamination de ceux et celles, qui, par ignorance et (ou) manque de rigueur intellectuelle, se laissent abuser par les thèses complotistes.

Les évènements du 6 janvier au Capitole sont malheureusement un immense encouragement pour la « peste brune » de notre pays car cela crédibilise leur stratégie :

- Comme les fascistes états-uniens, depuis le début du confinement, ils sont les moteurs de la diffusion des fantasmagories complotistes Qanoniennes, et même de courants anti-masques et anti-vaccins. Ils sont aussi des soutiens inconditionnels de Trump.

- Comme leurs modèles états-uniens, ces identitaires, néo nazi.e.s, intégristes religieux, groupuscules d’extrême-droite manipulent, à travers les réseaux sociaux, ceux.celles qui sont tétanisé.e.s, déstabilisé.e.s et extrêmement angoissé.e.s par la crise pandémique et ses conséquences économiques et sociales.

Face à cette offensive, inédite dans sa forme, du fascisme, toutes celles et tous ceux qui défendent une société juste, libre, fraternelle, égalitaire et écologiste doivent se positionner.

Nous devons agir et nous mobiliser contre l’offensive réactionnaire et concertée « made in France », des anti-sciences, anti-médecine scientifique, qui trouvent, entre autres, leurs références chez des disciples de sectes dont tout ou partie des théories ésotériques ont constitué le terreau idéologique du fascisme et du nazisme.

Fédérés autour de la secte conspirationniste Qanon, les mêmes composantes que nous observons ici étaient présentes, à Washington, lors de l’assaut du Capitole.

La vigilance contre le danger fasciste qui prend aujourd’hui des formes multiples est de plus en plus d’actualité.

Il est urgent que les militant.e.s d’extrême-gauche, de gauche, du mouvement social, écologiste et syndical, tout ceux.celles qui combattent le racisme et l’antisémitisme, le sexisme, les violences policières, les discriminations anti-LGBT prennent la mesure des conséquences de ce qui vient de se dérouler aux Etats-Unis.

 

article sur le site de VISA