Dans son rapport d’activité 2025, la DG dresse un tableau idyllique des expérimentations IA, présentées comme répondant aux besoins des agentes et agents, ainsi que des usagers. Un discours techno-béat qui se heurte à la réalité du terrain.
Rappelons le contexte
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le rapport d’activité, cela fait plus de dix ans que la DGFiP développe des systèmes utilisant l’intelligence artificielle, en totale opacité lui permettant ainsi de supprimer des emplois comme dans la sphère du contrôle fiscal (-500 ETP) ou le cadastre (-309 ETP pour les géomètres).
Au nom de la transformation numérique, la DGFiP expérimente ces outils depuis des années, sans réel bilan ni transparence. Les projets restent opaques, et leur généralisation est souvent découverte, via la presse, comme ce fut le cas pour le Foncier Innovant (détection des piscines).
Depuis l’arrivée de l’IA générative, c’est désormais une véritable frénésie. La Direction de la Transformation Numérique (DTNUM) multiplie les expérimentations et injonctions pour pousser à l’utilisation de ces outils, notamment à travers des formations obligatoires. Elle s’est d’ailleurs dotée (enfin ?) d’une feuille de route et d’une stratégie IA en 2025, présentées comme incontournables.
L’assistant IA : le chatGPT qui va sauver la DGFiP !
L’objectif affiché est de proposer un assistant IA composé de 3 modules :
- un tchat permettant de poser des questions généralistes ou de donner des instructions, par exemple pour résumer des textes...
- un module « DocuFiP » servant de moteur de recherche dans la doctrine fiscale,
- enfin « Parler clair », chargé de reformuler les réponses aux usagers, jugées trop techniques pour être comprises.
Pour justifier le développement de ses IA génératives, la DG n’hésite pas à expliquer que cet outil permet d’éviter que les collègues aient recours à « des IA commerciales type ChatGPT », avec les risques de fuite de données que cela peut générer. Mais il s’agit aussi, pour la DGFiP, de s’inscrire dans la vague actuelle autour de l’IA et d’afficher sa modernisation numérique.
Un outil pensé avec et pour les agentes et les agents… vraiment ?
Les retours de terrain des collègues que nous avons interrogés, montrent, au contraire, que l’information et la formation en amont ont été quasi inexistantes, et plutôt « low cost » : un simple webinaire de présentation généraliste, puis, face aux mauvais résultats de l’assistant IA (voir annexe), un simple PDF à destination des collègues pour expliquer comment mieux « prompter » avec l’outil. En matière d’association avec les agentes et agents, on a vu mieux !
Les retours d’expérience sur l’assistant IA
À travers les témoignages recueillis par notre syndicat auprès des personnels expérimentateurs, un constat revient largement : les attentes autour de l’outil étaient importantes.
Une des principales motivations de leur participation était simple : disposer d’une application leur permettant de gagner du temps. Il faut dire que les services sont fragilisés depuis des années par les restructurations, les suppressions d’effectifs et l’intensification du travail. Dès lors, un outil censé alléger certaines tâches, comme le promeut la DGFiP dans son discours officiel, ne pouvait susciter qu’un intérêt légitime.
Promesses tenues ?
Dans les faits, les réponses fournies par l’assistant sont souvent très généralistes, peu pertinentes, voire inexactes ou lacunaires. Les temps de relecture, de vérification et d’affinage des prompts (instructions données par l’agent dans le tchat) ne permettent pas un travail réellement qualitatif, et l’utilisation de l’outil devient rapidement chronophage. Dans le bilan officiel de l’assistant IA, la note donnée par les agents ayant expérimenté est de 5,3/10 pour la qualité des réponses et 66 % des agents pensent que l’assistant IA répond partiellement à leurs attentes. Par ailleurs, beaucoup considèrent qu’ « une simple recherche via un moteur classique comme Google ou DuckDuckGo s’avère souvent plus efficace. »
Le bilan même de l’expérimentation le montre : l’utilisation de l’outil par les agents chute rapidement ( voir annexe2). Cette absence d’appropriation illustre surtout le manque d’utilité réelle de l’assistant au quotidien.
Soulignons également que les remarques des agentes et agents semblent peu prises en compte et les problèmes signalés persistent.
Face à ces résultats en demi-teinte, la DTNUM a préféré, dans un premier temps, expliquer que les difficultés rencontrées étaient liées à une supposée mauvaise maîtrise du « prompt » par les agentes et agents, plutôt que de remettre en question les limites techniques de l’outil lui-même et la manière dont il a été déployé.
Mais force est de constater que la DGFiP a pris conscience des limites de l’outil puisqu’elle a mis en place un nouveau modèle d’IA (opensource mais développé par OpenAI) lors de la deuxième phase d’expérimentation.Une « souveraineté » numérique made in DGFiP qui interroge…
« Langage clair » ?
Sur le module « langage clair », les retours sont plus nuancés, sans être réellement enthousiastes. Beaucoup de collègues estiment surtout que l’outil fait perdre du temps. Comme le reconnaît d’ailleurs le bilan officiel, il « ne permet pas réellement de gagner de temps sur la rédaction de message, car la relecture prend beaucoup de temps ».
Car derrière les reformulations proposées, il faut systématiquement vérifier les réponses produites par l’IA, qui peuvent contenir des erreurs, notamment sur des sujets fiscaux sensibles : mauvais articles du CGI, formulations approximatives, voire parfois des anglicismes. Cela suppose donc des agentes et des agents qui disposent d’une réelle expertise métier pour être capables de repérer les erreurs, contextualiser les réponses et exercer un regard critique sur les résultats produits par l’IA. Car contrairement à ce que peut dire notre Directrice générale dans la presse, la fiscalité est un sujet complexe, contraignant et juridiquement engageant, qui ne laisse que peu de place à l’approximation.
En effet, la compréhension de la fiscalité ne se résume pas à une reformulation de textes administratifs. Derrière les demandes, les usagers, qui ne maîtrisent pas tous le numérique, la langue française ou la fiscalité, ont besoin d’explications, d’échanges, d’être rassurés et accompagnés par des personnels formés et techniciens. Bien souvent, le contact humain reste infiniment plus efficace pour permettre une réelle compréhension des situations. Pourtant, la DGFiP continue de réduire les plages d’ouverture au public, éloignant toujours un peu plus le service public de la population et des besoins réels des usagers.
Et puis, on peut s’interroger sur la pertinence de mobiliser un système d’IA réputé énergivore pour remplacer des mots comme « mensuellement » par « tous les mois ». Chacun se fera son avis, mais cela ressemble surtout à un dictionnaire de synonymes particulièrement coûteux.
Solidaires Finances Publiques, dénonce la politique du « tout IA » de la DGFiP. Pendant qu’elle investit massivement dans ces systèmes d’IA, des applications historiques et ultra sensibles nécessiteraient, depuis longtemps, des investissements importants pour sécuriser les infrastructures et résorber la dette technique.
Au quotidien, l’utilisation de systèmes d’IA pose la question de l’impact de sur l’exercice des missions et des conditions de travail des personnels : perte d’autonomie, intensification du travail, multiplication des tâches de contrôle et de vérification des réponses produites par les machines. Derrière les promesses de gains de temps, les agentes et agents se retrouvent souvent à devoir corriger, relire et sécuriser les résultats de l’IA. La question de l’impact de l’IA sur l’environnement nécessite également, a minima, des études préalables à tout projet, ainsi qu’une réelle réflexion et un engagement continu pour une sobriété numérique qui ne soit pas uniquement de la communication.
Solidaires Finances Publiques n’est pas technophobe et revendique le développement d’outils numériques qui soient au service de l’intérêt général. Si de véritables gains de temps existent, ils doivent bénéficier aux agentes et agents comme aux usagers : plus de temps pour l’accueil, l’accompagnement et les missions ! Le développement de l’IA ne doit pas répondre uniquement à des logiques de productivité et de réduction des coûts.
Annexes:

source : restitution Experimentation assistantIA – février 2026

source : restitution Experimentation assistantIA – février 2026